lundi 5 mars 2018

Ananda Devi - Manger l'Autre

Quatrième de couverture :
Une jeune adolescente, née obèse, mange, grossit et s’isole. Sa mère s’enfuit, horrifiée par son enfant. Ses camarades de classe la photographient sans répit pour nourrir le grand Œil d’internet. Son père, convaincu qu’elle aurait dévoré in utero sa jumelle, cuisine des heures durant pour nourrir « ses princesses ». Seule, effrayée par ce corps monstrueux, elle tente de comprendre qui elle est vraiment. Quand elle rencontre par accident l’amour et fait l’expérience d’autres plaisirs de la chair, elle semble enfin être en mesure de s’accepter. Mais le calvaire a-t-il une fin pour les êtres « différents » ?
Conte de la dévoration et roman de l’excès, Manger l'autre est une allégorie de notre société avide de consommer, obsédée par le culte de la minceur et de l’image conforme.
Avec force, virtuosité, et humour, Ananda Devi brise le tabou du corps et expose au grand jour les affres d’un personnage qui reflète en miroir notre monde violemment intrusif et absurdement consumériste.

Mon avis : 16/20
C'est avec énormément de talent stylistique et une écriture parfaitement maîtrisée que Ananda Devi nous fait partager la vie d'une jeune adolescente de 16 ans qui est obèse. Complètement isolée, inconnue de tous, même du lecteur, la narratrice nous parle de sa vie de "monstre" que la société refuse de voir comme une personne "normale". Mais au-delà de la société, c'est le regard que la narratrice porte sur elle-même qui est le plus dérangeant, elle se déshumanise complètement et pose un regarde sur elle-même complètement lié à celui de la société. 
Ce roman instaure un malaise chez le lecteur, on aimerait pouvoir faire quelque chose pour la narratrice, l'aider à s'en sortir mais on se sent complètement impuissant, au même titre que toutes les personnes qui entourent la narratrice. L'autrice fait preuve d'une grande habileté pour développer la psychologie de sa narratrice qui n'a fait qu'une seule erreur : celle de voir le jour. Elle possède un certain talent pour décrire avec virtuosité le dégoût, l'horreur, la haine de soi. C'est un roman qui aurait pu être poignant mais qui gagne en profondeur à ne pas tomber dans le pathos, la situation est elle-même marquée par la tragédie, ce qui en dit déjà bien long sur notre société peu tolérante et qui se pose en juge permanent sur ce qui est conforme ou non.

2 commentaires:

  1. Han haan. Il faudrait peut-être que je le lise. ^^

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    1. Il est très bien écrit et c'est assez spécial, il marque :)

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